De Barbès à Belleville

26 juillet 2008

Rohypnol, Subutex et 8/6

Havre-Caumartin - Saint-Lazare

De Havre-Caumartin jusqu'à Saint-Lazare
Je cherche un Rohypnol en marchant au hasard
J'suis pas bien flamboyant, j'ai p'têt l'air d'un crevard
Mais un de ces quatre matins, j'serai cousu de dollars.

Devant la pharmacie au métro Rambuteau
Je vends du Subutex aux gentils toxicos
Ça part comme des p'tits pains, j'me fais plein de gonos
Schering-Plough, j'suis l'meilleur de tous tes commerciaux.

Dans l'couloir du D5 sur l'chemin du mitard
J'me force à pas masquer, juste pour faire chier l'bricard
Rohypnol et 8/6 m'ont tendu un traquenard
Mais un de ces quatres matins j'serai cousu de dollars.


Thierry Pelletier

Je me suis permis de poster ce poème de Thierry Pelletier que l'on peut retrouver dans l'excellent La Petite maison dans la zermi paru aux éditions Libertalia, disponible en extrait sur le site de l'éditeur.
Je ne peux que vous recommander également son blog : La France de Toutenbas .

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24 juillet 2008

INTOXICATION


Gaspard noe - intoxication
envoyé par popefucker

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18 juillet 2008

Lettre à M. le législateur de la loi sur les stupéfiants

 

La loi de 1916 sur les stupéfiants, adoptée en pleine guerre mondiale, réprime, outre « l'usage en société », le commerce et la détention frauduleuse de « substances vénéneuses », réservant leur seul usage légal à une médecine sous haute surveillance. Après une campagne engagée dès 1911, alors que l'on s'inquiète de l'effet délétère sur l'armée des « poisons boches » (morphine et cocaïne), cette loi de prohibition est votée par le Parlement à l'unanimité. Elle fait l'objet d'une critique acerbe du poète Antonin Artaud.


«  Monsieur le législateur,

Monsieur le législateur de la loi de 1916, agrémentée du décret de juillet 1917 sur les stupéfiants, tu es un con.

Ta loi ne sert qu'à embêter la pharmacie mondiale sans profit pour l'étiage toxicomanique de la nation parce que :

1° Le nombre des toxicomanes qui s'approvisionnent chez le pharmacien est infime;
2° Les vrais toxicomanes ne s'approvisionnent pas chez le pharmacien;
3° Les toxicomanes qui s'approvisionnent chez le pharmacien sont tous des malades;
4° Le nombre des toxicomanes malades est infime par rapport à celui des toxicomanes voluptueux;
5° Les restrictions pharmaceutiques de la drogue ne gêneront jamais les toxicomanes voluptueux et organisés;
6° Il y aura toujours des fraudeurs;
7° Il y aura toujours des toxicomanes par vice de forme, par passion;
8° Les toxicomanes malades ont sur la société un droit imprescriptible, qui est celui qu'on leur foute la paix.

C'est avant tout une question de conscience.

La loi sur les stupéfiants met entre les mains de l'inspecteur-usurpateur de la santé publique le droit de disposer de la douleur des hommes: c'est une prétention singulière de la médecine moderne que de vouloir dicter ses devoirs à la conscience de chacun.

Tous les bêlements de la charte officielle sont sans pouvoir d'action contre ce fait de conscience: à savoir, que, plus encore que la mort, je suis le maître de ma douleur. Tout homme est juge, et juge exclusif, de la quantité de douleur physique, ou encore de la vacuité mentale qu'il peut honnêtement supporter.

Lucidité ou non lucidité, il y a une lucidité que nulle maladie ne m'enlèvera jamais, c'est celle qui me dicte le sentiment de ma vie physique. Et si j'ai perdu ma lucidité, la médecine n'a qu'une chose à faire, c'est de me donner les substances qui me permettent de recouvrer l'usage de cette lucidité.

Messieurs les dictateurs de l'école pharmaceutique de France, vous êtes des cuistres rognés: il y a une chose que vous devriez mieux mesurer; c'est que l'opium est cette imprescriptible et impérieuse substance qui permet de rentrer dans la vie de leur âme à ceux qui ont eu le malheur de l'avoir perdue.

Il y a un mal contre lequel l'opium est souverain et ce mal s'appelle l'Angoisse, dans sa forme mentale, médicale, physiologique, logique ou pharmaceutique, comme vous voudrez.

L'Angoisse qui fait les fous.
L'Angoisse qui fait les suicidés.
L'Angoisse qui fait les damnés.
L'Angoisse que la médecine ne connaît pas.
L'Angoisse que votre docteur n'entend pas.
L'Angoisse qui lèse la vie.
L'Angoisse qui pince la corde ombilicale de la vie.

Par votre loi inique vous mettez entre les mains de gens en qui je n'ai aucune espèce de confiance, cons en médecine, pharmaciens en fumier, juges en mal-façon, docteurs, sages-femmes, inspecteurs-doctoraux, le droit le disposer de mon angoisse, d'une angoisse en moi aussi fine que les aiguilles de toutes les boussoles de l'enfer.

Tremblements du corps ou de l'âme, il n'existe pas de sismographe humain qui permette à qui me regarde d'arriver à une évaluation de ma douleur précise, de celle, foudroyante, de mon esprit!

Toute la science hasardeuse des hommes n'est pas supérieure à la connaissance immédiate que je puis avoir de mon être. Je suis seul juge de ce qui est en moi.

Rentrez dans vos greniers, médicales punaises, et toi aussi, Monsieur le Legislateur Moutonnier, ce n'est pas par amour des hommes que tu délires, c'est par tradition d'imbécillité. Ton igorance de ce que c'est qu'un homme n'a d'égale que ta sottise à la limiter.

Je te souhaite que ta loi retombe sur ton père, ta mère, ta femme, tes enfants, et toute ta postérité. Et maintenant avale ta loi. »

 

Antonin Artaud

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12 juillet 2008

L'effet papillon

« [...] Ce que ce nouveau développement de la physique nous mène à mettre en cause n'est autre que la généralité de ce que nous avons appelé le «principe d'ordre de Boltzmann», à savoir l'évidence de bon sens selon laquelle l'activité moyenne d'une population correspond au nivellement des comportements individuels. Loin de l'équilibre, un régime de fonctionnement peut ressembler à une organisation parce qu'il résulte de l'amplification d'une déviation microscopique qui, au «bon moment» , a privilégié une voie réactionnelle au détriment d'autres voies également possibles. Les comportements individuels peuvent donc, en certaines circonstances, jouer un rôle décisif.

 

C'est cette limite au principe d'ordre de Boltzmann que nous allons considérer [...]. Elle concerne non seulement les sciences physico-chimiques, mais l'ensemble des sciences occupées de l'évolution de populations nombreuses d'individus au comportement déterminé par des interactions locales.»

Ilya Prigogine & Isabelle Stengers, La nouvelle alliance, 1979.

 

 

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11 juillet 2008

Extrapolation

« Du moment où tu vins au monde de l'existence,
Une échelle fut placée devant toi pour te permettre de t'évader;
D'abord tu fus minéral puis tu devins plante;
Ensuite tu es devenu animal, comment l'ignorerais-tu?

Puis tu fus fait homme, doué de connaissance, de raison et de foi;
Considère ce corps, tiré de la poussière: quelle perfection il a acquise!
Quand tu auras transcendé la condition de l'homme, tu deviendras sans nul doute un ange;
Alors tu en auras fini avec la terre; ta demeure sera le ciel.

Dépasse même la condition angélique: pénètre dans cet océan,
Afin que de goutte d'eau tu puisses devenir une mer. »

L'Échelle de l'Être par Djalâl Ud-Dîn Rûmî, maître soufi, XIII°s.

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